Six mètres carrés de béton ciré dans une salle d’eau, 1 800 € : c’est le seul poste de ma maison que je referais en carrelage. En dessous de 20 m², l’écart n’est pas discutable.
Le béton ciré ne devient défendable qu’à partir d’un plateau d’une quarantaine de mètres carrés d’un seul tenant, sur un support récent. Il se vend au mètre carré de produit et se paie à la journée d’applicateur.
| Critère | Béton ciré | Carrelage |
|---|---|---|
| Posé sur 8 m² (€/m²) | 150 à 300 | 55 à 170 |
| Posé sur 50 m² (€/m²) | 90 à 150 | 55 à 170 |
| Épaisseur ajoutée (mm) | 2 à 3 | 15 à 25 |
| Durée du chantier (jours) | 4 à 7 | 1 à 2, plus séchage |
| Dépose de l’ancien sol | inutile | le plus souvent |
| Joints apparents | ceux du support | à chaque carreau |
| Réparation d’un défaut | la pièce entière | un carreau descellé |
| Cadre technique | aucun NF DTU | NF DTU 52.2 |
| Protection à refaire (ans) | 3 à 10 | jamais |
20 m²en dessous, le carrelage gagne sans discussion
40 m²au-dessus, la journée d’applicateur se dilue
2 à 3 mml’épaisseur ajoutée, contre 15 à 25 en carrelage
Le prix du béton ciré se calcule à la journée, pas au mètre carré
Un carreleur facture au mètre carré : il en pose une douzaine par jour, et vingt-cinq mètres lui prennent deux jours. Un applicateur de béton ciré facture un chantier. Ponçage du support, primaire, deux passes de mortier avec séchage entre chaque, puis deux ou trois couches de protection : quatre à sept jours sur place, dont la moitié ne dépend pas de la surface.
Le produit, lui, se vend bien au mètre carré, entre 40 et 90 € pour le primaire, le mortier et le vernis. C’est ce chiffre qu’on trouve partout, et c’est celui qui trompe : sur une salle d’eau de 6 m², il pèse un cinquième de la facture. Le reste, ce sont des journées d’homme.
De là vient la dégressivité, que peu de devis expliquent. Sous 10 m², l’artisan passe au forfait. Au-delà de 40 à 50 m², le prix au mètre carré se stabilise. Entre les deux, il glisse, et il glisse beaucoup.
Ce que la reprise coûte quand le sol fissure
Le béton ciré fissure rarement de lui-même. Il fissure quand son support fissure, et il a 2 à 3 mm pour encaisser le mouvement d’une dalle qui en fait 120.
Voilà le poste que personne ne chiffre. Un carreau fêlé se dépose au burin, se remplace, et le raccord passe inaperçu si le lot d’origine a été gardé : une demi-journée, un carreau, un sac de joint. Un béton ciré fissuré n’a pas d’unité de réparation, faute de joint pour en délimiter une. La teinte se travaille à la main, en continu, sur place : une reprise localisée se voit toujours, quelle que soit la main qui l’exécute. Les applicateurs eux-mêmes conseillent de nourrir une fissure fine à l’huile ou à la cire plutôt que d’y toucher.
Reprendre, ça veut donc dire reponcer et refaire la surface entière de la pièce. La même facture qu’à la pose, moins le produit déjà payé. Sur 6 m², une fissure de quinze centimètres au ras de la douche coûte donc 1 200 €.
Le support commande, et il commande avant le devis
Le carrelage collé pardonne. Un ragréage à 15 à 25 €/m² rattrape la planéité, le mortier-colle absorbe le reste, et une chape de trente ans reçoit un grès cérame sans discussion. Le béton ciré ne rattrape rien : il épouse. Chaque défaut du support ressort dans les trois millimètres posés dessus.
Le point qu’aucun vendeur n’annonce tient en une phrase. Les joints de fractionnement du support doivent être repris en surface, à l’identique et au même endroit. Une chape de plus de 40 m² en porte, une chape sur plancher chauffant aussi, une jonction entre deux pièces également. Le sol sans joints se retrouve avec des joints, placés par le maçon qui a coulé la chape et pas par toi.
Va lire la fiche de ta chape avant de choisir ta teinte. Le même réflexe sert d’ailleurs à trancher entre parquet et carrelage, où c’est le mode de chauffage qui commande.
L’assurance décennale ne suit pas automatiquement
Aucun NF DTU ne couvre le béton ciré. Le procédé est trop épais pour relever des peintures et trop mince pour relever des chapes ; il est tombé entre les deux documents, et il y est resté.
La conséquence est assurantielle. La Fédération française du bâtiment classe les procédés sans norme, sans NF DTU et sans règles professionnelles acceptées parmi les techniques non courantes : l’entreprise doit prévenir son assureur avant de remettre son devis, sous peine de ne pas être couverte sur le chantier. Le carrelage collé relève du NF DTU 52.2, et la garantie joue sans aucune démarche préalable.
Deux pièces à réclamer avant de signer : l’attestation d’assurance de l’applicateur portant la mention du procédé, et l’évaluation technique du produit quand il en a une. Le CSTB publie les produits qu’il a évalués, en accès libre.
Ce que le béton ciré fait et que le carrelage ne rattrape pas
Deux à trois millimètres. C’est là qu’il gagne, et il gagne franchement.
Un béton ciré se pose sur le carrelage existant, sans dépose, sans benne devant la maison. Les portes gardent leur hauteur, les plinthes restent, le seuil des pièces voisines ne bouge pas d’un millimètre. Un carrelage neuf sur un carrelage ancien ajoute 15 à 25 mm et impose presque toujours l’inverse : la démolition, la poussière dans toute la maison, les raccords à reprendre partout.
Sur un grand plateau, il supprime aussi le calepinage : ni coupe contre le mur, ni trame qui révèle qu’une pièce n’est pas d’équerre. Sur 60 m² d’un seul tenant, ça se voit.
Qui prend quoi
Tu prends le carrelage si : ta pièce fait moins de 20 m², elle est humide, ou ta chape a passé les vingt ans. Le grès cérame revient à 55 à 170 €/m² posé quelle que soit la surface, un carreau abîmé se remplace en une demi-journée, et la décennale s’applique sans que tu aies rien à vérifier.
Tu prends le béton ciré si : tu couvres au moins 40 m² d’un seul tenant, sur un support récent et sain, et tu refuses de surélever le sol. À cette surface la journée d’applicateur se dilue à 90 à 150 €/m², et l’absence de dépose t’économise la benne, trois jours de démolition et le rabotage de chaque porte.
Le piège du mot « béton »
Ce qui se vend sous le nom de béton ciré n’est presque jamais du béton. C’est un mortier décoratif de 2 à 3 mm, que les fabricants appellent aussi microciment, et les deux mots désignent le même produit dans la plupart des catalogues.
L’erreur qui suit est logique, et elle coûte cher : on achète en pensant à la robustesse d’un sol de garage, on obtient celle d’un vernis. Ce qui encaisse les rayures, les taches de vin et les traces de talon n’est pas le mortier, c’est la protection posée dessus, deux ou trois couches de polyuréthane ou de cire. Elle se refait tous les trois à dix ans selon le passage, aux frais de l’occupant, et son coût n’apparaît sur aucun devis initial.
Lis donc la fiche technique de la protection avant celle du mortier. Elle décide de tout ce que ton sol supportera, et c’est la ligne du devis que personne ne regarde.