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Droit

Frais réels ou abattement de 10 % : le kilométrage qui fait basculer

Le forfait ou les frais réels ? La bascule tient à une distance, et elle se calcule : ton salaire net imposable divisé par deux mille, en kilomètres pour l'aller simple. Le calcul, le plafond des 40 km, et ce que l'écart rapporte vraiment.

Par Maud Delaunay 7 min de lecture

Une chemise cartonnée fermée par un élastique, posée à plat sur une table en bois, une clé de voiture dessus.

Garde le forfait de 10 % tant que ta distance domicile-travail reste sous ton salaire net imposable divisé par deux mille. Au-delà, les frais réels passent devant. À 30 000 €, la bascule se situe vers 15 km.

L’administration présente ces 10 % comme la couverture de tes trajets et de tes repas. Le montant, lui, ne dépend ni des uns ni des autres : il ne regarde que ton salaire. Deux collègues payés pareil reçoivent la même déduction, que l’un roule 3 km et l’autre 35.

CritèreAbattement de 10 %Frais réels
Démarcheappliqué d’officeoption à déclarer
Justificatifsaucungardés trois ans
Ce qui fixe le montantle salaire seulles dépenses engagées
Trajet retenu (km aller)sans effet40 au maximum
Bornes du montantun plancher, un plafondni l’un ni l’autre
Indemnités de l’employeurrestent exonéréesréintégrées au salaire
Seuil de bascule (km aller)en dessous de salaire ÷ 2 000au-dessus

15 kmla bascule pour un salaire de 30 000 €

40 kmla distance au-delà de laquelle le compteur s’arrête

3 ansla durée de conservation des pièces

Forfait ou frais réels, la distance qui fait basculer

Dix pour cent de ton salaire net imposable, divisé par le nombre de jours travaillés, puis par deux, puis par le coût du kilomètre que t’accorde le barème. Le résultat sort en kilomètres, pour l’aller simple. Avec 220 jours et un coût kilométrique autour de 0,45 €, le raccourci tient : ton salaire divisé par deux mille.

À 24 000 €, la bascule tombe à 12 km. À 45 000 €, à 23 km. À 60 000 €, à 30 km. Plus tu gagnes, plus il faut rouler pour battre le forfait : la déduction automatique grossit avec le salaire, la voiture non.

Un salarié à 30 000 € qui habite à 18 km déclare 7 920 km dans l’année, soit 3 564 € de trajet contre 3 000 € de forfait. Il gagne. À 8 km, les mêmes trajets pèsent 1 584 € : il perd 1 416 € de déduction en changeant de régime.






Ce que le barème kilométrique paie déjà, et ce qu’il laisse dehors

Le barème absorbe la dépréciation du véhicule, l’entretien et les réparations, les pneumatiques, le carburant et les primes d’assurance. Une fois qu’on l’a appliqué, ces postes sont réglés : les ressortir en plus revient à les compter deux fois.

Trois dépenses restent en dehors et s’ajoutent, au réel et sur pièces, pour leur part professionnelle : les péages, le stationnement et les intérêts de l’emprunt souscrit pour acheter la voiture. Sur un trajet autoroutier quotidien, le péage seul déplace la bascule de plusieurs kilomètres.

Le barème dépend de la puissance fiscale et de la distance annuelle, et il est majoré de 20 % pour un véhicule électrique. Ce bonus pèse dans l’arbitrage entre voiture électrique et voiture thermique. L’administration fiscale republie ses valeurs chaque année : c’est dans son simulateur officiel qu’on lit le coût du kilomètre, pas dans un tableau recopié ailleurs.

Les 40 km où le compteur s’arrête

Jusqu’à 40 km entre le domicile et le lieu de travail, tout le kilométrage compte. Au-delà, seuls les 40 premiers sont retenus, et la fin du trajet ne rapporte rien.

La limite se lève, à condition de la justifier. L’administration admet l’éloignement quand il tient à l’emploi ou à la situation familiale : emploi précaire, mutation, déménagement de l’entreprise, lieu de travail du conjoint, état de santé. Une note explicative se joint à la déclaration, et au bout de deux ans il faut montrer qu’on a cherché à se rapprocher. La convenance personnelle ne passe pas.

Ce plafond crée un second seuil, par le haut. Quarante kilomètres deux fois par jour, 220 jours par an, à 0,45 € le kilomètre, cela fait 7 920 €. Dès que ton salaire net imposable dépasse 79 000 €, ces 10 % valent davantage, et le trajet seul ne rattrape plus rien : il faut d’autres frais pour renverser le calcul.

Ce que l’option te coûte en pièces et en réintégrations

Les frais réels se justifient dépense par dépense, et les pièces se gardent trois ans. Un relevé kilométrique, ce sont des dates, des trajets et une carte grise ; les repas, des tickets ; la formation, une facture.

Opter pour les frais réels rend aussi imposable tout ce que ton employeur t’a versé au titre des frais : indemnités kilométriques, prise en charge de la moitié de ton abonnement de transport, forfait mobilités durables, allocation de télétravail. Ces sommes rejoignent ton salaire déclaré. Un salarié dont l’entreprise rembourse déjà les trajets voit son avantage fondre avant même d’avoir rempli la case.

Ce que les deux régimes ont en commun

Ils s’excluent : jamais les deux ensemble. Ils agissent au même endroit, sur le revenu déclaré, et ni l’un ni l’autre n’est un crédit d’impôt. Le choix se fait personne par personne, pas foyer par foyer : dans un couple, l’un peut passer au réel et l’autre garder le forfait. Et il se refait chaque année, sans engagement.

Qui prend quoi

Tu gardes l’abattement de 10 % si : tu habites à moins de 15 km de ton travail et tu gagnes autour de 30 000 € net imposable. Tes trajets pèsent 1 584 € à 8 km, contre 3 000 € de forfait. Passer au réel te ferait perdre 1 416 € de déduction, et t’obligerait à conserver trois ans de pièces pour ce résultat.

Tu passes aux frais réels si : tu roules 25 km chaque matin et tu gagnes 34 000 €. Le trajet seul pèse 4 950 € contre 3 400 € de forfait, soit 1 550 € de base en moins et 465 € d’impôt épargné dans la tranche à 30 %. Ajoute les péages et les repas, et l’écart double.

Le piège : l’écart n’est pas ce que tu gagnes

Les 564 € d’écart du salarié à 18 km ne rentrent pas sur son compte. Une déduction retire du revenu imposable, et le gain vaut cet écart multiplié par ta tranche marginale : 62 € à 11 %, 169 € à 30 %.

Un foyer non imposable ne gagne rien du tout. C’est le calcul à faire en premier, avant de sortir les tickets de péage : si l’impôt est déjà nul, la meilleure déduction du monde ne le rend pas négatif. Les frais réels ne valent le classeur que si l’écart, une fois passé par la tranche, dépasse ce que coûtent deux soirées de tri.