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Argent

Livret A, LEP ou assurance vie : où mettre son épargne selon ce qu'on en attend

Livret A, LEP ou assurance vie : l'ordre de remplissage, les trois taux nets avec leur date de valeur, et le montant exact à partir duquel l'assurance vie prend le relais des livrets.

Par Maud Delaunay Publié le 15 août 2026 6 min de lecture

Une tirelire en fonte fermée posée sur un plan de travail en chêne, entourée de trois piles de pièces de hauteur inégale.

« J’ai 9 000 € qui dorment sur mon compte courant, je les mets où ? » LEP d’abord si tu y as droit, livret A ensuite, assurance vie quand les deux sont pleins. Ton revenu fiscal et ta date de sortie décident.

CritèreLivret ALEPAssurance vie (fonds euros)
Taux net (%/an)1,702,502,15 environ
Plafond de versement (€)22 95010 000aucun
Condition d’accèsaucunerevenu fiscalaucune
Impôt sur les gainsaucunaucunaprès huit ans
Frais d’entrée (%)000 à 3
Argent récupéré enun jourun jourune à trois semaines
Capital garantiouiouioui sur le fonds euros
Horizon utilel’imprévul’imprévuau-delà de huit ans


Le taux affiché de l’assurance vie n’est pas celui que tu encaisses

Le livret A sert 1,70 % depuis le 1er août 2026, le LEP 2,50 % depuis le 1er février 2026. Ces deux-là échappent à l’impôt sur le revenu comme aux prélèvements sociaux : le chiffre affiché est le chiffre encaissé, à l’euro près.

Le fonds euros, non. France Assureurs a relevé 2,6 % de rendement moyen sur l’exercice 2025, et ce taux s’entend avant les 17,2 % de prélèvements sociaux, ponctionnés chaque année à l’inscription des intérêts. Il reste environ 2,15 %.

Regarde le net et le classement se retourne : 2,50 pour le LEP, 2,15 pour le fonds euros moyen. La comparaison qu’on lit partout, 2,6 contre 1,70, met un taux brut face à deux taux nets, et le vainqueur qui en sort est le mauvais.

Ce que ton revenu fiscal ouvre ou ferme

Le LEP se mérite. Il faut un revenu fiscal de référence inférieur à 23 028 € pour une part, augmenté de 6 149 € par demi-part supplémentaire, soit 35 326 € pour un couple sans enfant.

Aucun justificatif à produire. Ta banque interroge l’administration fiscale directement et obtient la réponse en quelques secondes, comme le décrit la fiche officielle du livret d’épargne populaire.

Au-dessus du seuil, la question se règle à deux enveloppes. En dessous, 10 000 € rapportent 250 € par an au LEP contre 170 € sur le livret A. Ça fait 80 € d’écart tous les ans, pour un virement de cinq minutes.

L’ordre de remplissage, et le montant où il bascule

L’empilement suit toujours le même ordre. LEP jusqu’à 10 000 €, livret A jusqu’à 22 950 €, LDDS jusqu’à 12 000 € au même taux que le livret A, puis l’assurance vie qui n’a plus de plafond.

Un épargnant éligible au LEP n’a donc rien à faire en assurance vie avant 32 950 €, et 44 950 € s’il ouvre aussi un LDDS. Sans LEP, la bascule tombe à 22 950 €. Ce sont des montants, pas des impressions : tant que le compteur est en dessous, l’assurance vie coûte du rendement.

Un seul cas renverse cet ordre : l’argent dont tu sais déjà que tu n’y toucheras pas avant huit ans. Celui-là n’a rien à faire sur un livret à 1,70 %, quel que soit le montant.

Ce que l’assurance vie fait que les livrets ne feront jamais

Un livret réglementé plafonne, et le plafond arrive vite. L’assurance vie n’en a aucun : c’est la seule des trois qui accepte 200 000 € sans broncher.

Elle donne aussi accès aux unités de compte, où le capital n’est plus garanti mais où le rendement cesse d’être plafonné par une formule administrative. Sur un portefeuille d’actions européennes, le PEA sort de l’impôt sur le revenu au bout de cinq ans et coûte moins cher en frais, mais il ne touche ni l’obligataire ni l’immobilier.

Reste la transmission. Les sommes versées avant 70 ans se transmettent à chaque bénéficiaire désigné avec un abattement de 152 500 €, hors succession. Un livret A se transmet comme n’importe quel compte : il entre dans la succession, il est taxé comme elle.

Ce que les trois ont en commun

Ton argent n’est bloqué nulle part.

Le rachat d’une assurance vie ne demande aucune justification, il prend seulement quelques jours de plus qu’un retrait de livret.

Aucune des trois ne réclame de versement régulier, et aucune ne se ferme parce que tu l’as laissée dormir. Elles se cumulent aussi sans se gêner : remplir le LEP n’interdit rien du reste.

Qui prend quoi

Tu remplis le LEP en premier si ton revenu fiscal de référence tient sous 23 028 € pour une part. Le taux est le meilleur des trois et l’argent reste disponible du jour au lendemain. Le plafond de 10 000 € couvre à peu près l’épargne de précaution d’un ménage aux revenus modestes. Tant que ce livret n’est pas plein, placer ailleurs te coûte de l’argent.

Tu ouvres l’assurance vie tout de suite si tu as déjà trois mois de salaire sur ton livret A et que le reste ne servira pas avant huit ans. Passé ce délai, les gains sortent avec un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple, puis 7,5 % d’impôt. Un rachat de 20 000 € dont 3 000 € de plus-value ne coûte alors rien d’autre que les prélèvements sociaux.

Le piège : c’est la date d’ouverture qui compte, pas celle du versement

Les huit ans se comptent depuis l’ouverture du contrat, jamais depuis le versement. Un contrat ouvert avec 100 € et laissé en sommeil arrive à maturité fiscale exactement en même temps qu’un contrat alimenté dès le premier jour.

Ce détail vaut de l’argent.

Ouvrir un contrat à frais d’entrée nuls avec le minimum accepté, même sans un euro à y mettre, revient à démarrer un compte à rebours gratuit. Sept ans plus tard, l’épargnant qui l’a fait verse ce qu’il veut et retire l’année suivante en régime favorable. L’autre attend encore huit ans.

Le corollaire coûte aussi cher dans l’autre sens : fermer un contrat pour en ouvrir un chez un autre assureur remet le compteur à zéro. Avant de transférer, on vérifie que l’opération reste chez le même assureur, sans quoi l’ancienneté se perd.