De la terre à retenir derrière : gabion. Une limite plate des deux côtés : parpaing. Ce que le terrain fait de l’eau décide avant le prix, et le prix annoncé ne couvre pas la même chose des deux côtés.
Les deux ferment une limite, les deux tiennent un talus, et les deux se montent par un maçon comme par un particulier outillé. Ils ne s’opposent pas à la poussée des terres de la même façon : le gabion y répond par sa masse, le parpaing par son acier. De cet écart viennent l’épaisseur de l’un, la fondation de l’autre et deux chantiers qui n’ont presque rien en commun.
| Critère | Gabion | Parpaing |
|---|---|---|
| Ce qui tient le mur | le poids de la pierre | le ferraillage |
| Fondation | lit de grave compactée | semelle filante armée |
| Largeur au sol à 2 m de haut (m) | 1,50 | 0,20 hors sol |
| Poids de l’ouvrage à 2 m (t/m linéaire) | près de 5 | moins de 1 |
| Drainage | traversant, rien à poser | drain, gravier, barbacanes |
| Finition | aucune | enduit, à reprendre |
| Temps de séchage | aucun | semelle puis enduit |
| Soutènement posé (€/m² de parement) | 300 à 500 | 160 à 260 hors annexes |
| Démontable | oui, cage par cage | non |
Un mur-poids contre un mur armé
Le gabion tient par son poids. La cage d’acier ne fait que contenir la pierre : c’est la masse empilée qui s’oppose à la poussée du talus, et cette masse se calcule. La base d’un soutènement en gabions se prend à la moitié de la hauteur augmentée d’un mètre, soit 1,50 m de largeur pour un mur de 2 m. Rien ne descend sous cette valeur sans un calcul qui la remplace.
Le parpaing tient par son ferraillage. Le bloc creux ne pèse presque rien face à une butée de terre, et ce sont la semelle filante armée, les chaînages verticaux et le chaînage de couronnement qui reprennent l’effort. Le NF DTU 20.1 limite l’élancement d’un mur en blocs de 20 à quinze fois son épaisseur, ce qui plafonne un mur courant autour de 3 m. Dès qu’il y a de la terre derrière, l’espacement des chaînages ne se devine plus : il se calcule.
Le gabion se dimensionne en épaisseur, le parpaing en acier.
L’emprise au sol, au pied du mur
Un mur en parpaing de 20 mange 20 cm de largeur au-dessus du sol. Sa semelle en mange 50 à 60, mais elle est enterrée, et le jardin repasse dessus.
Un gabion de 2 m occupe 1,50 m de largeur, du sol jusqu’en tête, sur toute la longueur du mur. Cette bande-là est perdue. Elle sort côté terrain ou côté talus, jamais des deux, et le bornage décide lequel : sur une allée de trois mètres, il en reste un et demi.
C’est le critère qui élimine le gabion sur les petites parcelles, et c’est celui qu’on regarde en dernier, une fois les cages commandées. La pierre se livre en vrac par camion, et il faut aussi de quoi la stocker pendant le montage.
Ce que le terrain fait de l’eau
Derrière un parpaing, l’eau s’accumule. Sa poussée s’ajoute à celle de la terre au lieu de s’y substituer, et un mur calculé sans elle travaille au premier hiver pluvieux. Le soutènement reçoit donc un drain en pied, un lit de gravier contre le parement arrière, des barbacanes et une protection hydrofuge côté terre. Aucune des quatre ne se supprime pour tenir un budget.
Un gabion laisse passer l’eau à travers lui. Il n’y a rien à évacuer, et rien qui se colmate douze ans plus tard, quand le drain a disparu sous les racines et que personne ne sait plus où il passait.
Sur une argile qui garde l’eau, ou au pied d’une pente qui ruisselle, la question est réglée avant d’être posée.
Le montage du gabion, cage par cage
Le gabion se monte sec. Il n’y a ni mortier ni temps de séchage, et une nuit de gel ne ruine pas la journée de la veille : les cages s’assemblent, se posent d’aplomb sur un lit de grave compactée et se remplissent à la main ou au godet.
La cage courante est en fil d’acier galvanisé de 4 ou 5 mm, maille 5 × 10 cm. La pierre se calibre entre 60 et 150 mm : plus petite, elle traverse la maille ; plus grosse, elle laisse des vides que le parement affiche. Compte environ 1,65 tonne de pierre par mètre cube de cage, et range les plus belles faces contre le grillage, à la main, sur les parements vus. Le reste se verse en vrac. Le guide de Projet Gabion reprend la pose pas à pas, jusqu’aux agrafes qui lient les cages entre elles.
Le parpaing demande l’inverse. Une semelle coulée et ferraillée, un séchage, une montée au mortier d’aplomb, un enduit : quatre interventions, et chacune attend la précédente.
Ce que chacun réclame une fois posé
Le parpaing a besoin de son enduit, et l’enduit vieillit. Une microfissure laisse entrer l’eau, le gel la fait travailler, et la reprise se fait au pied de l’échelle. Sur le parement vu, la différence entre enduit et crépi ne change rien à la tenue du mur, seulement à son grain.
Le gabion n’a pas d’enduit, donc pas de reprise. Son point faible est le fil. Une galvanisation courante suffit à l’intérieur des terres ; en bord de mer, sur un sol salé ou le long d’une route salée l’hiver, elle se pique et le parement finit par se déformer. Un fil galfan ou plastifié règle la question, et il se choisit à la commande.
Reste le démontage : une cage se vide, se dépose et se remonte ailleurs, ce qu’aucun mur maçonné ne permet.
Qui prend quoi
Tu prends le gabion si : tu retiens de la terre, ton sol garde l’eau, et tu as au pied du mur une largeur égale à la moitié de la hauteur plus cinquante centimètres. À 2 m de haut, c’est 1,50 m d’emprise et près de cinq tonnes de pierre par mètre de mur, sans drain ni enduit à prévoir ensuite.
Tu prends le parpaing si : tu fermes une limite plate, tu comptes chaque centimètre de terrain, ou tu veux un mur fin, enduit et teinté comme la maison. Sans terre à retenir, l’épaisseur du gabion ne sert à rien et tu la paies quand même.
Au-delà de 2 m au-dessus du sol, les deux passent par une déclaration préalable en mairie, et le règlement d’urbanisme de la commune peut abaisser ce seuil ou imposer un aspect. Ça se vérifie avant de commander, pas après.
Le piège : deux prix au mètre carré qui ne comptent pas la même chose
On compare 300 à 500 € du mètre carré pour un soutènement en gabions et 160 à 260 € pour le même ouvrage en parpaing, et on tranche en dix secondes. Le calcul est faux, parce que les deux chiffres ne décrivent pas le même ouvrage fini.
Le prix du gabion contient la pierre, la cage, la pose et le lit de grave. Celui du parpaing ne contient que le mur : la semelle armée, le terrassement, le drain, le gravier arrière et l’enduit s’y ajoutent, et ils pèsent 30 à 40 % du montant affiché. L’écart se referme, et il s’inverse sur un terrain qui oblige à soigner le drainage.
Un mètre carré de gabion ne dit pas son épaisseur. Un mètre carré de parement vu vaut un mètre cube de cage à 1 m d’épaisseur, un demi-mètre cube à 50 cm. Deux devis au même prix au mètre carré ne proposent pas le même mur. Demande le prix au mètre cube : c’est la ligne qui rend deux offres comparables, et celle que les vendeurs sortent en dernier.