Tu factures 5 000 € hors taxes à ton client. En portage salarial il t’en reste la moitié, en freelance à ton compte les trois quarts. Prends le portage si tu comptes revenir au salariat sous deux ans ; sinon, installe-toi.
| Critère | Portage salarial | Freelance à son compte |
|---|---|---|
| Part du chiffre d’affaires en net (%) | environ 50 | environ 74 |
| Frais de gestion (% du CA) | 5 à 10 | aucun |
| Cotisations sociales | patronales et salariales | 25,6 % du CA |
| Statut | contrat de travail | travailleur indépendant |
| Chômage après l’arrêt | ARE sur le salaire porté | ATI, 26,30 €/jour |
| Taux journalier d’accès (€) | 250 à 280 | aucun |
| Plafond de chiffre d’affaires (€) | aucun | 83 600 en micro |
| Comptabilité | déléguée | déclaration trimestrielle |
| Activités admises | prestations intellectuelles | toutes |
Les 24 points d’écart entre portage salarial et freelance
La société de portage prélève 5 à 10 % de ton chiffre d’affaires hors taxes. C’est le chiffre que toutes les plaquettes mettent en avant, et c’est le plus petit des trois prélèvements que tu vas subir. Un acheteur appelle ça un prix d’appel.
Prends 100 € facturés. Sept partent en frais de gestion. Sur les 93 qui restent, la société paie d’abord les cotisations patronales, environ 29 €, puis te verse 64 € de brut dont 14 € de cotisations salariales repartent aussitôt. Tu encaisses 50 € avant impôt sur le revenu.
En micro-entreprise, l’Urssaf prélève 25,6 % du chiffre d’affaires déclaré en bénéfices non commerciaux hors Cipav. Sur les mêmes 100 €, il t’en reste 74, moins la cotisation foncière des entreprises et ton assurance responsabilité civile.
L’écart fait 24 €. La commission en explique 7. Les 17 autres sont des cotisations, et une cotisation achète quelque chose.
Le taux journalier en dessous duquel le portage se ferme
La convention collective des salariés en portage salarial du 22 mars 2017 impose un salaire minimum : 70 % du plafond mensuel de la sécurité sociale pour un porté junior, 75 % pour un senior, 85 % au forfait jour. La société de portage ne peut pas y déroger, c’est son obligation d’employeur.
Remonte la chaîne à partir de là. Pour verser 3 000 € de brut, la société supporte environ 4 300 € de masse salariale, et il lui faut donc encaisser 4 600 € hors taxes ce mois-là. Sur dix-huit jours de mission, le taux journalier plancher tourne autour de 260 €.
En dessous, aucune société n’ouvre le dossier, et la plupart annoncent 250 à 300 € sans détour. La micro-entreprise n’a pas de plancher du tout. Elle accepte un premier client à 400 € le mois.
L’écart annuel, calculé sur ton propre taux journalier
Le rapport entre les deux colonnes reste le même à tous les niveaux de facturation. Le montant en euros, lui, grossit avec ton chiffre d’affaires : à 500 € la journée sur 165 jours, il dépasse 19 000 € par an.
Le chômage que tu achètes ne couvre pas les creux entre deux missions
En CDI de portage, la fin d’une mission n’ouvre aucune indemnisation. Elle ouvre une intermission, et l’intermission n’est pas payée. Tu restes salarié, tu gardes ta couverture santé, tu ne touches rien.
Le seul filet est la réserve financière, 10 % du salaire brut de chaque mission mis de côté sur ton compte d’activité. Trois mois de creux la vident.
L’ARE arrive plus tard, à la rupture du contrat, et à condition qu’elle soit involontaire : fin de CDD de portage, licenciement, rupture conventionnelle. Le porté qui démissionne n’ouvre rien. En face, l’indépendant qui arrête relève de l’ATI, 26,30 € par jour pendant 182 jours, sous réserve d’avoir gagné plus de 10 000 € par an sur deux ans et de cesser sur liquidation judiciaire ou perte de viabilité. L’Unédic borne l’ARE à 548 jours avant 55 ans.
Ce que tu paies chaque mois te servira le jour où tu arrêteras, et pas avant.
Les activités que le portage salarial n’a pas le droit de prendre
L’article L1254-5 du Code du travail ferme le portage aux services à la personne. Ménage, garde d’enfants, cours particuliers, jardinage chez l’habitant : ces missions n’y passent pas, quel que soit le tarif. Le remplacement de grévistes et les travaux dangereux réglementés tombent sous la même interdiction.
L’article L1254-2 ajoute une condition de personne. Le salarié porté justifie d’une expertise, d’une qualification et d’une autonomie qui lui permettent de chercher ses clients lui-même et de négocier ses prix. La convention collective traduit : bac+2, ou trois ans d’expérience dans le métier.
Un plombier ou un coach sportif n’entrent pas. Pour eux, il ne reste qu’une porte, celle de l’installation à son compte.
Au-delà de 83 600 €, la comparaison change de camp
La micro-entreprise s’arrête à 83 600 € de chiffre d’affaires en prestations de services et en libéral. À 400 € la journée, tu y arrives en 209 jours facturés, c’est-à-dire une année pleine.
Passé ce seuil, s’installer à son compte veut dire créer une société : bilan comptable, honoraires d’expert-comptable, cotisations assises sur la rémunération et non plus sur le chiffre d’affaires. L’écart avec le portage se referme de plusieurs points, et le président de SASU ne cotise toujours pas à l’assurance chômage. Le duel se déplace vers Auto-entrepreneur, EURL ou SASU.
À ce niveau de facturation, le portage garde un seul avantage : tu n’as rien à tenir, ni comptabilité ni déclaration.
Qui prend quoi
Tu prends le portage salarial si : tu sors d’un contrat de travail, ton taux journalier dépasse 300 €, et tu vois cette période comme une parenthèse de deux ans avant de revenir au salariat. Les 24 points de chiffre d’affaires que tu laisses rachètent jusqu’à 548 jours d’ARE calculée sur ton salaire porté, que l’installation à ton compte ne t’ouvrira jamais.
Tu t’installes à ton compte si : tu factures moins de 55 000 € par an, ou tu comptes rester indépendant plus de trois ans. Sous ce chiffre, aucune société de portage ne prend le dossier de toute façon. Au-delà de trois ans, à 60 000 € facturés par an, l’écart cumulé passe 43 000 € et aucune porte de sortie ne vaut ce prix-là.