Éligible au LEP, tu prends le LEP : la loi lui interdit de rapporter moins que le Livret A. Tu gardes le Livret A quand même, et la seule décision qui te reste est l’ordre dans lequel tu les remplis.
Le vrai arbitrage arrive à deux moments : quand le LEP est plein, et quand ton revenu fiscal passe au-dessus du barème. Le taux, la fiscalité et la disponibilité de l’argent se règlent d’avance, toujours dans le même sens.
Ce qui trompe, c’est le mot plafond. Il en désigne deux sur le LEP. Le plafond de revenu ouvre ou ferme la porte ; le plafond de versement limite ce que tu peux mettre derrière. Le premier décide, le second organise.
| Critère | LEP | Livret A |
|---|---|---|
| Condition de revenu | plafond de revenu fiscal | aucune |
| Plafond de versement (€) | 10 000 | 22 950 |
| Plancher légal du taux | Livret A + 0,5 point | référence du marché |
| Impôt et prélèvements sociaux | zéro | zéro |
| Versement d’ouverture (€) | 30 | 10 |
| Nombre par personne | un seul | un seul |
| Contrôle du droit | annuel, par le fisc | aucun |
| Ouverture au nom d’un enfant | non | oui, dès la naissance |
Le taux du LEP ne peut pas descendre à celui du Livret A
La rémunération du LEP retient le plus élevé de deux termes : l’inflation hors tabac mesurée en moyenne sur six mois, ou le taux du Livret A majoré d’un demi-point. Le second terme sert de plancher, et il est inscrit dans la formule officielle.
Un demi-point sur un LEP plein, ça fait 50 € par an. Maigre. Mais c’est un plancher légal, pas une moyenne constatée, et la nuance change tout le jour où les prix repartent.
Quand les prix accélèrent, le terme d’inflation l’emporte et l’écart se creuse tout seul, au moment précis où l’épargne perd de la valeur. La formule du Livret A mélange inflation et taux courts du marché monétaire ; rien ne l’oblige à suivre les prix. Celle du LEP est écrite pour ça.
Le plafond de revenu ne regarde pas ton salaire
Beaucoup se disqualifient ici à tort. Le barème ignore le salaire brut, ignore ce qui tombe sur le compte en fin de mois, et ne retient qu’une seule ligne de l’avis d’imposition : le revenu fiscal de référence, établi après l’abattement de 10 % pour frais professionnels.
Le barème d’ouverture du LEP retient 23 028 € pour une part et ajoute 6 149 € par demi-part, réévalués chaque année avec le barème de l’impôt. Ces 23 028 € correspondent à près de 25 600 € de salaire net imposable, soit un peu plus de 2 100 € par mois.
L’Insee mesurait un salaire net médian de 2 190 € par mois dans le privé en 2024, en équivalent temps plein. Le plafond d’une part passe donc juste sous le salaire médian. On est loin du seuil de pauvreté que le mot « populaire » laisse imaginer.
Dernier point : la banque examine deux avis, celui de l’an dernier et celui d’avant. Un seul des deux sous le barème suffit.
Les plafonds sont plus élevés outre-mer.
Le LEP se remplit d’abord, le Livret A prend le reste
Le LEP s’arrête à 10 000 € de versements, le Livret A à 22 950 €. L’ordre coule de source : tu charges le LEP, ce qui déborde va sur le Livret A. Les deux se détiennent ensemble. Aucune banque ne t’obligera à choisir.
Un couple marié ou pacsé double tout, puisque chacun a droit à son LEP et à son Livret A. Ça fait 20 000 € au taux le plus haut, 45 900 € derrière, soit 65 900 € sans impôt ni prélèvements sociaux. Au-delà, la question change de terrain et devient un arbitrage entre Livret A, LEP et assurance vie.
Les intérêts, eux, ont le droit de dépasser. Un LEP à 10 000 € continue de capitaliser au-dessus, tu ne peux simplement plus y verser. Et ces intérêts n’entrent jamais dans ton revenu fiscal de référence : ton LEP ne peut pas te faire perdre ton LEP.
Perdre le droit au LEP ne le ferme pas dans la foulée
Chaque année, l’établissement interroge l’administration fiscale sans rien te demander. Une année au-dessus du barème ne change rien. Le livret reste ouvert, et il sert son taux. C’est le deuxième dépassement consécutif, sur deux avis d’imposition qui se suivent, qui déclenche la clôture obligatoire du livret.
Tu disposes donc d’une année pleine pour organiser la sortie, et elle se fait toute seule : l’argent bascule sur le Livret A s’il y reste de la place, sur un LDDS sinon. Si ton revenu redescend plus tard, rien n’interdit de rouvrir un LEP. L’ancienneté ne joue aucun rôle, contrairement à un plan d’épargne logement.
Ouvrir un LEP quand on y a droit n’engage donc à rien. Le pire scénario, c’est de revenir au Livret A deux ans plus tard, avec les intérêts en plus.
Ce que les deux livrets font pareil
- Capital garanti par l’État, au centime près.
- Aucun impôt sur le revenu, aucun prélèvement social sur les intérêts.
- Aucun frais d’ouverture, de tenue ni de retrait.
- Argent disponible sous quelques jours, sans préavis ni pénalité.
- Taux fixé par l’État, révisé deux fois par an, identique dans toutes les banques.
Sur ces cinq points, l’écart est nul. Ce n’est pas là que le choix se joue.
Qui prend quoi
Tu prends le LEP si : ton revenu fiscal de référence de l’une des deux dernières années passe sous le barème de ton nombre de parts. Aucune autre condition à remplir. Tu y places les 10 000 € en priorité, le Livret A prend la suite.
Tu prends le Livret A seul si : ton revenu fiscal dépasse le barème deux années d’affilée, ou si le livret s’ouvre au nom d’un enfant, le LEP supposant un avis d’imposition personnel. Les 22 950 € défiscalisés et disponibles restent le socle que tout le monde garde, éligible ou pas.
Le piège : calculer l’écart sur ce que tu as déjà
Deux mille euros posés sur un livret, un demi-point de mieux, dix euros par an. À ce niveau-là, personne ne monte un dossier. Personne n’a tort.
L’écart se juge sur le plafond, 10 000 €, et sur toutes les années où tu resteras éligible. Il se juge aussi sur les périodes d’inflation, celles où la formule du LEP décroche franchement celle du Livret A, et ce sont exactement les années où une épargne de précaution fond.
La Banque de France recensait 12,1 millions de LEP ouverts fin 2025, très en dessous du nombre de foyers qui remplissent la condition de revenu. Le calcul que ces gens ont fait est juste. C’est le montant sur lequel ils l’ont fait qui est faux.